
Une histoire unique au monde !
Nous sommes en août 2012. Randy Pacheco, policier dans la petite ville de Moraga, en Californie, près de San Francisco, doit faire remplacer son ancienne Ford Victoria trop kilométrée.
Le problème, c'est que ce modèle iconique, produit depuis 1998, a cessé d'être fabriqué un an plus tôt, en août 2011. Randy ne voulait pourtant pas de sa remplaçante, le Ford Explorer, un SUV qu'il détestait.
La recherche a été compliquée. Les grandes agences de police, comme celles de Los Angeles, se sont ruées sur les derniers exemplaires disponibles. En 2012, un an après l'arrêt de la production, il semblait ne plus en rester aucune. Pourtant, une toute dernière voiture neuve a été retrouvée en Californie !
En août 2012, elle entre donc en service au sein de la police de Moraga. Elle deviendra la voiture 138, attitrée à Randy, il patrouillera avec elle jusqu'en 2019.
Le jour où on lui annonce qu'à seulement 79 000 miles elle doit partir à la retraite, Randy l'accepte difficilement. Il sait qu'il ne pourra plus jamais obtenir une autre Ford Crown Victoria.
La voiture est ensuite rachetée par un professionnel du cinéma qui connaissait le chef de la police de Moraga. Grâce à cette relation, il parvient à négocier un privilège normalement impossible : conserver la totalité de son équipement de police.
En juin 2024, je rachète cette voiture à Clark. qui en a eu plus d'une vingtaine ! Une fois achetée elle a traversé l'Amerique en Camion puis l'atlantique en Bateau !
En la découvrant, je réalise immédiatement son état de conservation exceptionnel. Bien qu'elle ne porte plus sa sérigraphie d'origine, elle est restée pratiquement intacte.
Je commence alors des recherches sur son histoire. Je parviens à retrouver sur Internet de nombreuses photos de la voiture lorsqu'elle était en service, ce qui est habituellement très difficile, voire impossible.
Ces recherches me permettent également de retrouver Randy le policier. Je pars le rencontrer en Californie en avril 2023. Ce fut un moment assez incroyable. Cette voiture représentait beaucoup pour lui ; c'était son bébé ! Il était si content d'avoir de ses nouvelles !
Le même voyage me permet aussi de rencontrer Clark, qui me l'avait vendue. À ce moment-là, je décide de tourner un documentaire consacré à l'histoire de cette voiture, en interviewant Randy, Clark et John King le chef de la police de Moraga.
Car pour Randy, ce n'était pas simplement une voiture de patrouille. C'était sa « lifeline », sa ligne de vie. Il ne voulait pas la voir partir. Lorsque je l'ai contacté pour la première fois, il n'a d'ailleurs pas cru à mon message. Il pensait à une plaisanterie.
Je retourne les voir l'année suivante. Clark, qui est également policier, m'emmène même en patrouille avec lui. Au fil du temps, une véritable amitié se crée entre Randy, Clark et moi autour de cette voiture qui, pour eux deux, reste la plus belle qu'ils aient jamais eue. Ce qui est amusant, c'est que personne n'a jamais voulu voir partir la voiture 138.
Il y aurait encore beaucoup à raconter, mais le documentaire s'en chargera.
Le point culminant de cette histoire a lieu en janvier 2026, à Paris, au pied de la tour Eiffel. Randy est de passage en France pour quelques jours. Je viens à sa rencontre avec la voiture. Pour la première fois depuis des années, il retrouve son ancienne voiture de patrouille et peut reprendre son volant dans les rues de Paris.
À ma connaissance, cela fait de lui le premier policier américain à retrouver son ancienne voiture de service à l'autre bout du monde et à la conduire pour une ultime patrouille, à des milliers de kilomètres de son lieu d'origine.
Aujourd'hui, la voiture porte une sérigraphie de sheriff, correspondant au service qui travaillait aux côtés de la police de Moraga. Plus tard, Randy m'apprendra qu'avant d'intégrer la police de Moraga, il avait justement commencé sa carrière dans ce service. Il m'a même envoyé sa veste d'époque, celle qui correspond à la configuration actuelle de la voiture.
Il reste un détail particulièrement incroyable. Lorsque la voiture a quitté le service, seuls sa sérigraphie, son écran et son clavier avaient été retirés. Lorsque je l'ai achetée, Clark m'avait laissé de nombreuses pièces à l'intérieur. Parmi elles se trouvait une unité centrale d'ordinateur qui semblait hors service.
Plus tard, après avoir retrouvé un écran et un clavier identiques à ceux utilisés lorsqu'elle était en service, j'ai pu reconnecter l'ensemble. C'est alors que j'ai découvert que cette unité centrale était en réalité l'ordinateur de patrouille d'origine de la voiture. Avec le fond d'écran que Randy avait lui même crée !
Cette découverte rend probablement cette Ford Victoria unique au monde. Non seulement par son histoire parfaitement documentée, mais aussi parce qu'elle a conservé pratiquement l'intégralité de son équipement d'origine, y compris son véritable ordinateur de bord de service encore fonctionnel avec ses logiciels
C'était un rêve d'avoir une Ford Victoria de police, et ce rêve s'est transformé en une véritable aventure inimaginable !














